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PEILLON ET LA MORALE

Publié le 13 Février 2013 par Chérif C. KANZ

PEILLON ET LA MORALE

      « Le maître doit être modélisant », lit-on dans les programmes de l’éducation nationale ! Nous, enseignants, aimerions que notre ministre, sans être un modèle, soit au niveau…

     Si un de ces prédécesseurs prêtait à rire pour n’être pas capable d’effectuer une règle de trois, on pouvait toutefois lui concéder le bénéfice du doute en matière de moralité, registre sur lequel il avait au moins le bon sens de la jouer discret.  Avec  Peillon, s’ouvre l’ère où, à la médiocrité, s’ajoute la moralité douteuse…

 

  1. Décidément pas les mêmes valeurs

"Tu ne mentiras point."

      Peillon concède que les enseignants allemands sont payés 20 % de plus qu’en France. Mais, cette affirmation à notre attention n’est en fait qu’une diversion comme le relève Gérald Roux : « Les salaires des professeurs allemands sont encore plus élevés que ne le pense Vincent Peillon, d'après une étude de l'OCDE publiée en 2012. Eric Charbonnier, expert de l'Education à l'OCDE, explique que "les enseignants du secondaire en Allemagne gagnent le double des enseignants français en salaire statutaire en début de carrière et avec 15 ans d'expérience. Par contre, en fin de carrière, l'écart se réduit et les enseignants allemands gagnent à peu près 40% de plus que les enseignants français. C'est bien supérieur à ces 20%". » [1]

      Erreur ou mensonge ? Pour le déterminer,  il n’est pas inutile de reprendre au début et de rappeler que le salaire est fonction du travail et du temps. On s’avise alors assez facilement où est la difficulté pour Peillon à qui la notion de temps de travail pose décidemment problème, comme il le démontre notamment par une de ses dernières frasques ! En effet, il a émis l’idée de faire rattraper aux enseignants la journée de « pré-rentrée » devant les enfants![2] Soyons clairs, il ne s’agit pas de supprimer une journée de vacance pour y substituer un jour de travail mais plutôt de faire travailler un jour de plus sous prétexte de compenser une journée déjà travaillée. Quel exemple de cohérence pour nos élèves…

      Pourtant, la remarque de Peillon n’est pas totalement absurde pour peu qu’on la rapporte à sa logique creuse, grosse de toute une conception du travail viciée par l’obsession de rentabilité. Car, apparemment, ce qui prime pour notre ministre est, plus que tout autre chose, le nombre de présents. Ainsi, celui qui prétend réintroduire la morale dans les écoles a jugé bon, lors d’un meeting où ne l’attendaient qu’une cinquantaine de personnes, de planter tout le monde, estimant qu’une assemblée si petite n’était pas digne d’une personnalité de son importance![3] On ne s’étonnera pas qu’Anna Cabana consacre une rubrique sur le blog du Point aux « mauvaises manières » de ce parangon de la moralité[4]. Le travail de Peillon, donc, ce n’est pas de s’entretenir avec un petit nombre de professionnels ou de gens concernés par le débat, mais bien de bronzer sous les feux médiatiques où de haranguer, en vil sophiste, les masses et cela afin qu’on ne se risque pas à penser plus loin que la doxa, au risque de mettre à nu ses mensonges et son imposture !

      Quelle honte ! Imaginons un enseignant qui tournerait les talons sous prétexte que les élèves sont trop peu nombreux dans sa classe ! Nous qui sommes payés, ironisait une collègue, en emboitant la logique comptable de Peillon :  « 0.70 centimes d'euro par heure et par enfant, avec plus de 25 ans d'ancienneté, une classe 29 élèves…»

  1.  Au chevet de l’école républicaine.

"Je n’ai quand même pas mis 60000 postes sur la table pour être emmerdé après !"[5]

      Notre bon ministre, adulateur du quantitatif, veut des heures, des heures passées devant les enfants, du rendement pour le rendementeur ! Il n’y a pas à réfléchir ni à préparer quoi que ce soit : « Aux manettes, les enseignants… Pointez vos heures et plus les zéros ! Rentabilisez-moi ces tables, ces chaises et ces tableaux ! Noircissez, noircissez ! Des projets séance tenante, des bilans débilitants… L’heure est aux réformes, mon nom restera gravé ou tout au moins ma photo ! Scandez avec moi ce message subliminal que tout un peuple ronchonne à la faveur de l’homonymie : Payons ! »

      Car à quoi bon se cultiver ? A comprendre par exemple que la France est un pays de culture catholique, Monsieur le cancre ! Ne vous en déplaise…[6] A apprendre encore que l’histoire de mon pays est millénaire et ne commence pas après la révolution française ou au moment choisi où un caméléon ambidextre croit y déceler un ancrage favorable pour défaire l’école de la république, la même pour tous ! Car le fond de votre réforme est bien de couper l’école des programmes nationaux pour la livrer aux desideratas des communes !

3- Un travail, un vrai : La qualité plutôt que la quantité !

     Mon travail requiert un temps de préparation afin d’intéresser au mieux les élèves et de présenter sous l’angle le plus opportun ce que je veux leur enseigner.[7] Bien sûr, je pourrais toujours, sans cela, racoleur et à court d’idées, me lancer dans de vagues plaidoyers pour les drogues douces par exemple, mais je porte trop d’importance à mon pays, pétri de valeurs millénaires, à la santé des jeunes et à leur avenir pour descendre si bas[8].

Mon travail nécessite également des concertations en petit nombre. De sorte que, au sein de mon équipe ainsi que des enseignants précédents, je sais où je vais, n’ignorant pas le champ de compétence et la répartition du travail de chacun… De cette manière, j’évite les redites ou pire encore les doublons. Mais ce bon sens ne vous dit sans doute rien… Pourtant, il vous aurait évité de mêler  précipitation[9] et incompétence en voulant créer une commission déjà existante en période de restriction budgétaire[10]

     Mon travail me donne pour mission de mettre en place, sur les heures d’ « aide personnalisée » (que vous souhaitez supprimer) avec un petit groupe d’élèves connaissant des difficultés ponctuelles et passagères, des activités adaptées destinées à leur permettre de progresser rapidement. Croyez-moi, ce dispositif répond à un réel besoin ! Imaginons un élève de CE2 par exemple qui peinerait à comparer les nombres à quatre chiffres et à traduire leur écart en pourcentages (au hasard les salaires des enseignants  allemands et français) … Mais on peut songer également à un autre cas, celui d’un élève qui ne parviendrait pas à mémoriser tout un pan de l’histoire de France, celui qui fait sa grandeur !

4- Péché originel et corruption.

"Peillon est un serpent ! Avec lui, c’est tout pour sa gueule (…) Il trahit toujours !" François Hollande[11]

      Quant au mercredi matin, laissez donc encore un peu à ces pauvres enfants leurs loisirs, les plaisirs du conservatoire ou, pourquoi pas,  la possibilité de s’initier au catholicisme comme c’était le cas de mon temps. Peut-être pourront-ils ainsi y recevoir les rudiments d’une morale qui vous fait si cruellement défaut !

     Au sujet de ses attaques contre le catholicisme, sans doute faut-il y voir la vengeance tard venue du serpent hollandais contre son créateur. Ne réalisez-vous pas que quand il parle de l’intérêt de l’enfant, il vous tend une pomme ? Croquez là, cette réforme des rythmes scolaires, et vous sentirez bien vite le goût des vers…

      Au terme de cet article, une information qui tombe sur une augmentation du salaire des enseignants m’invite à modérer ma critique de votre conception du travail. Car, force est de vous concéder une indéniable cohérence dans votre tâche. En effet, vous êtes en dessous de tout jusque dans vos méthodes. Ainsi, après avoir soudoyé les maires prêts à précipiter l’application de votre réforme, vous essayez donc de graisser la patte des enseignants…  Votre obsession de tout quantifier, chiffrer vire cette fois au pathétique ! Mais, apprenez, Monsieur le corrupteur, le bien nommé « Peillon », qu’il est des choses qui ne s’achètent pas et que  jamais des  enseignants dignes de ce nom ne braderont le vrai intérêt de l’enfant. Ajustez donc vos lunettes de comptable : Nous ne sommes pas des putes !

5- En guise d’épitaphe.

      Ce texte n’est pas une compilation des dérapages, coups fourrés, malversations de Peillon. Cela pour deux raisons.  D’abord, même un livre n’y aurait pas suffi.  Ensuite, une telle démarche aurait pu laisser persister, sous l’aspect du pêle-mêle, le caractère accidentel de certains actes, maladroit de quelques paroles. Il s’est agi plutôt pour nous d’écrire cet article à la manière du jeu bien connu des enfants (pour ne pas quitter notre registre) le « points à points ». De sorte  que nous pensons que par cette mise en cohérence de ces quelques reliefs, nous obtenons un dessin ou un portrait révélateur non d’accidents mais de l’essence du personnage.



[6]Dans le lien suivant Peillon conteste que le catholicisme ait fait la France et soutien que ne l’intéresse l’histoire de France qu’après la révolution.

 http://www.youtube.com/watch?v=nb5WoFtL4PU&feature=watch-vrec

[7] Eric Charbonnier rappelle qu'en Allemagne "l'enseignant passe beaucoup plus de temps devant sa classe, c'est-à-dire 25 heures, alors qu'en France, une partie du travail des enseignants du secondaire est consacrée à la préparation des cours et à la correction des devoirs ce qui prend beaucoup plus de temps qu'en Allemagne. Dans le système allemand, il y a moins de notations, il y a moins de devoirs en dehors de l'école et cette partie 'devoir et apprentissage' se passe directement à l'intérieur de l'école".

[9] Sur la réforme des rythmes scolaires qui, on l’espère, lui sera funeste, Peillon a dès le départ conjugué arrogance et précipitation. Non seulement il témoigne d’un véritable mépris envers les parents d’élèves, les enseignants et les maires en se fermant au dialogue. Par ailleurs, la passation de pouvoirs avec son prédécesseur n'avait pas encore eu lieu que, déjà, il annonçait le retour à la semaine de cinq jours en primaire dès la rentrée 2013.

 

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