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Une femme de 27 ans, enceinte de 8 mois, condamnée à mort pour un crime qui n’en est pas un.

Publié le 30 Mai 2014 par Cherif C. KANZ

Meriam Yahia Ibrahim Ishag, mère d’un enfant de presque 2 ans et enceinte de huit mois a été condamnée à mort. Son crime : avoir opté pour la religion de sa mère et épousé un chrétien.

I- Le brouillard médiatique.

Dans le Métronews du vendredi 18 mai, on pouvait lire un encart lapidaire évoquant le fait qu’une soudanaise de 27 ans avait été condamné à mort par pendaison, au Soudan, pour crime d’apostasie.

On peut en rester là.

Ou bien se creuser la tête suivant deux directions complémentaires :

*Se demander précisément à quoi correspondent les deux crimes dont on l’accuse (adultère et apostasie pour lesquelles elle a été condamnée respectivement à 100 coups de fouet et la mort).

*S’intéresser au cas précis de cette femme afin de cerner la nature de ses forfaits à la lumière de sa situation.

D’après Wikipédia[1] l’apostasie « est l'attitude d'une personne, appelée un apostat, qui renonce publiquement à une doctrine ou une religion. » L’article précise encore que suivant la charia (loi islamique), l’apostasie est punie de mort comme c’est le cas en Iran, en Arabie Saoudite, au Soudan et aux Maldives.

II- Le cas Meriam Yahia Ibrahim Ishag

L’histoire de cette femme dont vous verrez qu’elle est une martyre de la religion chrétienne est paradigmatique pour deux raisons. En effet, il permet de prendre conscience de la barbarie des juges mais aussi de l’iniquité de la législation soudanaise, inspirée de la charia.

*La barbarie des juges :

Le fait qu’elle soit enceinte de huit mois, n’a pas arrêté les juges dans leur folie. Par ailleurs, et comme si ce n’était pas assez, on apprend qu’elle est « détenue avec son fils de 20 mois ». Si ce jugement ne fait pas honneur au Soudan, on peut avoir honte qu’à la différence des ambassades des Etats-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne et des Pays-Bas, la France ne se soit pas insurgée contre ce verdict.[2]

*Iniquité de la législation :

Si l’on en reste à la définition classique de l’apostasie, force est de reconnaitre que Meriam Yahia Ibrahim Ishag n’est pas apostat pour la simple et bonne raison qu’elle n’a pas renoncé à l’islam dans la mesure où elle n’a jamais été musulmane. C’est bien ce qui ressort du procès : « « Nous vous avions donné trois jours pour abjurer votre foi mais vous avez insisté pour ne pas avez insisté pour ne pas revenir vers l'islam. Je vous condamne à la peine de mort par pendaison », a déclaré le juge, Abbas Mohammed Al-Khalifa (…) A l'énoncé du verdict, la jeune femme est restée impassible. Auparavant, au cours de l'audience, après une longue intervention d'un chef religieux musulman qui a cherché à la convaincre, elle avait dit calmement au juge : « Je suis chrétienne et je n'ai jamais fait acte d'apostasie ».[3]

En fait, pour comprendre en quoi consiste le crime de cette jeune mère de famille, il faut prendre en compte le fait que bien qu’ayant une mère chrétienne, elle est née de père musulman. Or, comme l’écrit René Marchand : « Tout enfant d’un homme musulman sera musulman, quelle que soit la religion de la mère et tout enfant d’une femme musulmane sera musulman, puisqu’une femme musulmane ne peut épouser un non musulman. Les manquements à cette règle sont assimilés à de l’apostasie et sanctionnés comme tels. »[4]

*De l’inique au grotesque

Quand je me suis renseigné sur ce cas et que j’ai découvert crescendo ce simulacre de justice, je me suis dit naïvement qu’il devait tout de même y avoir quelque chose à reprocher à cette femme… Il y a bien cette condamnation pour adultère, non ?

Raisonnablement, on imagine que la jeune fille a trompé son mari et s’est, par ce geste, exposée à un châtiment disproportionné. Eh bien, non, décidément je n’avais encore rien compris à la logique du tribunal. Car si cette femme a été condamnée pour adultère, c’est précisément à cause de son amour pour son mari et de sa fidélité envers celui-ci !

En effet, étant considérée comme musulmane, elle n’avait pas le droit d’épouser un chrétien. C’est donc envers l’islam qu’elle est infidèle d’après ses juges : « (…) une musulmane ne peut épouser un non musulman, et toute union de ce type est considérée comme un adultère.»[5] Pas d’exogamie pour la femme musulmane donc : Voilà le crime !

III- L’apostasie : loin de chez nous ?

Bien sûr, cela se passe loin d’ici. Mais qu’en est-il de la question de l’apostasie en France ? Le silence indigne de notre pays sur ce verdict odieux ne témoigne-t-il pas d’une volonté de ménager (sur le court terme) la paix civile ? D’ailleurs, ne sont-ce pas les chantres du droit-de-l’hommisme qui se font les complices de telles atrocités en les taisant volontiers ? Bref, alors qu’ils nous affirment que l’islam est une religion de tolérance, nos politiques se livrent à un jeu ambigu…

Il y a une dizaine d’années, le journal Le Monde a rapporté un épisode inquiétant mais révélateur. Jean Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur du gouvernement Jospin en 2000, entreprit de signer avec des représentants de l’islam en France un texte sur les « principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman ». Le journal nous apprend que pour permettre l’accord « certaines modification mineures ont permis de ménager la sensibilité des représentants musulmans. C’est ainsi qu’un passage explicite concernant le droit de changer de religion a été supprimé ». [6] Modifications mineures : Des citoyens français à qui l’on n’était prêt à contester le droit de changer de religion…

Le cas de la jeune soudanaise montre que l’apostasie a plus d’un visage et ne se réduit pas au simple renoncement à l’islam. C’est ainsi qu’en 1992, le théologien Mohammed al-Ghazali justifiait dans une fatwa l’assassinat de l'intellectuel Farag Foda, qui avait décrit de quelle manière les coptes sont discriminés en Égypte, prétextant que « si le gouvernement peine à condamner les apostats, n'importe qui peut se charger de le faire »[7].

Pour revenir sur notre Pays, concluons avec René Marchand : « « Pas d’apostasie en islam » est devenu : « Pas de renoncement à la culture d’origine ». Dans nos « cités », plus aucun musulman d’origine ne peut donner un prénom français à l’un de ses enfants, un prénom qui manifesterait sa volonté d’en faire un Français « comme les autres ». Il n’y aura plus d’Alain Mimoun, de Marcel Mouloudji, d’Isabelle Adjani ».[8] Dommage, nous, on aimait bien…

Enfin, le lien vers la pétition demandant au président du Soudan la libération de Meriam Yahia Ibrahim Ishag :

http://www.thepetitionsite.com/takeaction/278/113/666/

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Apostasie

Etre apostat, c’est donc littéralement dire publiquement ou écrire : « Je renonce à l’islam. Je ne suis plus musulman ». L’article donne également des exemples d’apostats mais ne mentionne pas les trois cas les plus emblématiques : Salman Rushdie, Ibn Warraq et Taslima Nasreen.

[2] Mardi 13 mai, les ambassades des Etats-unis, du Canada, de Grande-Bretagne et des Pays-Bas avaient exprimé leur « vive inquiétude » à propos du cas de cette Soudanaise. « Nous appelons le gouvernement du Soudan à à respecter le droit à la liberté de religion, notamment le droit à le droit à la liberté de religion, notamment le droit à changer de foi ou de croyances de foi ou de croyances », indiquaient-elles dans un communiqué conjoint. Elles ont ensuite tout naturellement condamné le jugement rendu… Le 15 mai, on pouvait lire sur l’AGRIF cette remarque ironique : « La France n’a pas cru bon de se joindre à elles [les ambassades qui ont protesté], trop occupée qu’elle est à habiller les lycéens garçons en jupes. » On aurait aimé également entendre les responsables du culte musulman en France s’exprimer sur ce jugement.

http://www.lagrif.fr/communiques/racisme-antichretien/346-sauvons-la-vie-de-meriam-yahia-ibrahim-ishag-condamnee-a-mort-parce-que-chretienne

[3] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/05/15/une-soudanaise-condamnee-a-mort-pour-apostasie-a-khartoum_4419041_3212.html

[4] René Marchand, Mahomet contre-enquête, p. 34, Editions de l’échiquier, 2006. René Marchand écrit dans un autre livre, gaulliste de part en part: « (…) le voile est un signe adressé aux non-musulman par l’islam qui interdit l’exogamie : « Touche pas à ma fille. » C’est le rappel aux non-musulmans qu’ils n’ont pas le droit d’épouser une musulmane, alors qu’un musulman peut avoir autant de femmes d’une autre religion qu’il souhaite ». Cf., La France en danger d’islam, p. 229, Editions L’Age d’Homme, 2003.

[5] http://www.liberation.fr/monde/2014/05/16/condamnee-a-mort-pour-apostasie-au-soudan_1018561

[6] Le Monde. 30-31 janvier 2000.

[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Apostasie

[8] René Marchand, La France en danger d’islam, p. 248.

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