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PEILLON : LE SERPENT A PISTON

Publié le 6 Février 2014 par Chérif C. Kanz in Politique

"Peillon est un serpent ! Avec lui, c’est tout pour sa gueule (…) Il trahit toujours !" François Hollande1

  1. Papa combine ?

Dans la séance de l’Assemblée Nationale du mercredi 29 janvier 2014, le député UMP Daniel Fasquelle a dénoncé l’accès de Salomé Peillon, fille du ministre de l’Education Nationale, à un « prestigieux poste d’attaché culturel à l’ambassade d’Israël »2. Il a par ailleurs situé ce forfait dans la lignée d’autres nominations du même genre, Manuel Flam, Thomas Le Drian, et plus largement de malversations, dont l’affaire Cahuzac.

Bien que l’UMP n’ait sans doute pas de leçons à donner en la matière aux socialistes, il n’en demeure pas moins que ce forfait se révèle cynique pour au moins deux raisons dans le cas Peillon. En effet, la manœuvre du ministre de l’éducation nationale sonne doublement comme un pied de nez ! Tout d’abord en tant qu’il parachève, notamment par la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, le démantèlement de l’école qui ne fonctionne plus au mérite en vue d’ouvrir sur des emplois à la mesure de la réussite. Le message est plutôt : « C’est grâce aux relations de papa et maman que les enfants décrocheront un poste ». Deuxièmement, Peillon, adversaire déclaré des traditions ainsi que des valeurs familiales, aurait joué un rôle dans la promotion de sa propre fille. Par son sens de la famille, il montre que ce qu’il veut pour nous ne saurait valoir pour lui et les siens.

  1. La danse des reptiles

La réponse d’Alain Vidalles, Ministre chargé des relations avec le Parlement, prétend porter sur la forme et le fond. Sur le fond d’abord, l’argumentation est simple : Thomas Le Drian aussi bien que Salomé Peillon avaient le profil pour occuper ce type de poste. Bien… Néanmoins, ce plaidoyer se révèle insatisfaisant pour au moins deux raisons. Tout d’abord, quand bien même le costume serait sur mesure pour tel rejeton de ministre, encore faudrait-il prouver que d’autres candidats évincés, ne bénéficiant pas du même réseau d’influence, n’étaient pas tout autant qualifiés. Cette démonstration n’a bien entendu pas été fournie. Par ailleurs, rien n’indique que de tels postes à pourvoir n’aient pas justement été pensés et établis au millimètre pour tel ou tel fils d’oligarque, un vêtement confectionné CV en main pourrait-on dire… Malgré la multiplication des cas, rien ne permet certes de confirmer ce type de manœuvres, néanmoins, comme nous le verrons dans la dernière partie, relativement à Peillon, on est en droit de porter de lourds soupçons.

Le second temps de la réponse n’est pas moins étonnant. Alain Vidalles blâme Daniel Fasquelle d’avoir déniché cette dépêche sur le site d’Alain Soral. Donc, peu importe qu’elle soit vraie ou fausse, on devrait s’interdire d’aller chercher l’information sur ce genre de site. Si l’on s’avise que Daniel Fasquelle n’a pas cité cette source, on ne peut que s’étonner de cette accusation. En fait, le mystère s’éclaircit à considérer que le site de Soral est le seul à avoir diffusé ce scoop. De là, nous formulerons pour notre part une autre question : « Est-il normal qu’aucun journaliste n’ait mentionné cette nouvelle ? » Par ailleurs, Daniel Fasquelle s’est défendu sur Twitter en affirmant avoir consulté le site du ministère des affaires étrangères, soit en faisant lui-même le travail incombant aux journalistes. D’où cette autre question: « Les rapports de ce gouvernement avec la presse sont-ils sains ? » Pour notre part, nous y avons répondu ailleurs en risquant le terme de « maquereau-journalisme ».3

Bref, alors que Daniel Fasquelle dénonce des méthodes de cooptation intolérables, Alain Vidalles répond en dénonçant les méthodes qui lui ont permis de recueillir ces informations. Traduction : « Comment ??? Honte à vous, qui osez lire les médias que nous ne contrôlons pas ! »4 Parfois le comique a des pointes burlesques ! Ainsi l’épisode où Alain Vidalles, sans doute affublé d’une mauvaise mémoire dégaine un vague post-it où se trouve le nom du site d’Alain Soral. Malheureusement, sa mémoire n’est pas seule à flancher puisque l’orateur se montre incapable de déchiffrer les deux mots qui composent le site (« Egalité et réconciliation ») qu’il nomme « Réconciliation et démocratie ». De ce lapsus, on tirera deux enseignements : Une crainte, d’abord : Il y a fort à redouter que, au train où empirent les choses, les prochains ministres ne sauront même plus lire… Une prise de conscience ensuite : N’est-ce pas inquiétant que, par son étourderie, Alain Vidalles situe la démocratie dans le camp de l’ennemi, des adversaires de ce que les oligarques ambidextres désignent pour nous du nom de République !

  1. Chouchou cadeau.

Bien que l’absence de morale du personnage ne soit plus à démontrer5. Certains peuvent encore douter du fait que le fossoyeur de l’école républicaine use de telles méthodes, recourt à ce genre de passe-droit. Eh bien, voilà de quoi convaincre les derniers récalcitrants en exhibant un précédent de ce type.

Le Canard enchaîné6 jetait en décembre 2013 un pavé dans la mare : « le ministre est en mesure de bombarder, d'un jour à l'autre, son ex-épouse, Brigitte Sitbon-Peillon, inspectrice générale (…) de philosophie, ces postes bien payés et gratifiants ». L’article ajoute en outre que parmi les trois candidats admissibles, on a la surprise de compter un autre « proche du ministre » : Frank Burbage !

Bien sûr on peut toujours y voir un heureux hasard et objecter que « le tri des trois finalistes a été opéré par la très officielle commission consultative de l’inspection générale, composée de 21 membres. » Certes… « Mais sa composition a été renouvelée en mars 2013 par un décret de Peillon. Et le classement final des candidats qu’elle établit est consultatif et ne lie en rien le ministre : il peut faire son choix souverain. »

On lit ici ou là que Peillon, candidat aux européennes, désavoué sur sa réforme des rythmes scolaires par une grande majorité de citoyens attachés à l’école de la République et notamment d’enseignants, se hâterait de placer ses proches avant de boucler ses valises… Oh, il ne s’agit pas de lui fournir une excuse mais simplement d’expliquer cette compulsion à user illégitimement d’un pouvoir dont les jours sont comptés pour gâter les siens ! Soit… Mais, ici encore, un autre précédent vient invalider cette explication. En effet, alors qu’il était encore loin de la porte : « En décembre 2012, Peillon avait déjà propulsé au tour extérieur une autre de ses proches à l’Inspection générale de philo : Laurence Loeffel (…) qui a eu l’heur de soutenir une thèse sur un sujet voisin de celle du ministre (…) Il venait déjà de la nommer au sein de la commission de trois membres chargée de refonder la morale laïque à l’école ».

Voilà donc de quoi au moins alimenter les doutes quant à la moralité de ce personnage et la conception de la réussite du ministre de L’Education Nationale. Peillon peut donc sereinement détruire l’école puisque la cooptation et le copinage se révèlent des moyens autrement plus sûrs qu’elle pour assurer l’avenir et la promotion des siens !!! En espérant que ces quelques lignes suffiront à convaincre les indécis et les moins butés. Quant aux autres… Après tout, et pour rester dans un registre philosophique, rappelons leur que Descartes se gausse bien dans sa correspondance d’un sceptique conséquent qui, même après s’être fait mordre le cul par un roquet, continuait à soutenir, mordicus pourrait-on dire, que l’animal n’existait pas réellement…

1 http://www.lexpress.fr/actualite/politique/ps-les-ambitions-de-m-peillon_742131.html

2http://www.youtube.com/watch?v=xQVnTbksDBs

3 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/attentat-dans-l-education-125050

4 Il est savoureux à cet égard de constater l’autosatisfaction de cette censure efficace ! En effet, alors que son contradicteur se défend sur Tweeter en disant que « L’information sur la fille de Vincent Peillon se trouve partout sur internet », Alain Vidalles rétorque, plein de suffisance : « Effectivement, l’information est sur internet mais dans aucun site de presse».

https://twitter.com/AVidalies/status/428547328275144704/photo/1

5 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/peillon-et-la-morale-130667#_ftn11

6 Canard enchaîné, 18/12/13/ D. F. : « Peillon sur le point de nommer son ex ». Bel article, dont Je me permets de reprendre dans cette dernière partie de larges passages. Consultable sur :

http://www.mezetulle.net/article-vincent-peillon-et-les-moeurs-republicaines-42845835.html

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